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02/06/2008

Pour que le prochain Google soit français

Par Thierry Solère 

L'économie numérique est source de croissance. Dans leur rapport de Mars 2006 sur l'économie de l'immatériel, Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet soulignaient que le développement des services et industries numériques qui pèsent plus de 800 000 emplois était en mesure, de générer 1 point de croissance supplémentaire pour notre économie. J'aimerais faire ici l'inventaire de quelques conditions utiles pour y parvenir au moment où les réseaux connaissent une mutation vers le très haut débit.


1ère condition : lutter contre la fracture numérique. Il y a urgence, la France est au 13ème rang européen avec environ 55% des foyers équipés en PC, loin derrière les pays scandinaves (82%), de l’Allemagne et l’Angleterre (72%). Cette fracture est complexe, elle se nourrit du faible niveau de vie de foyers, de l’âge, ou encore de l’illettrisme. Lancer un « PLAN MARSHALL NUMERIQUE » devient une nécessité pour favoriser l’équipement d’ici 2012 de l’ensemble des foyers les plus modestes, en priorité ceux ayant un enfant scolarisé. Une mesure fiscale pour les FAI permettrait une offre « équipement numérique des foyers » incluant un PC et un accès haut débit pour moins d’un euro par jour.

2ème condition : Renforcer l’appropriation des TIC dans les PME. La France souffre d’un second retard celui des investissements TIC dans les PME (environ 20% de leurs investissements en France contre 40% aux Etats-Unis et 30% en Allemagne) qui pèse sur leur compétitivité. De nombreuses mesures existent déjà, cependant l’un des freins réside dans la faible taille de nos PME et leur moindre capacité à s’approprier ces technologies. Nous devons agir sur des partenaires qui peuvent accompagner cette mutation indispensable. La filière des intégrateurs réseaux et des SSII est un secteur qu’il faut renforcer en favorisant notamment la diffusion de plateformes de services mutualisés à travers des réseaux télécoms ouverts. Pour cela, il faut soutenir les réseaux d’initiative publique qui contribuent fortement à l’émergence de prestations de proximité via les réseaux destinées aux PME, en bénéficiant d’accès très haut débit compétitifs.

3ème condition :Faire du très haut débit une ambition économique pour la France. L’ADSL a permis l’entrée dans l’ère de la connexion permanente à internet. L’enjeu désormais est de ne pas rater la mutation que représente l’arrivée de la fibre optique jusqu’à l’usager (FTTH ). En a-t-on vraiment besoin ? Le marché est tiré par l’offre (TV, Minitel, Mobile …). Enfin, l’arrivée du FTTH représente une étape clé de l’histoire des réseaux de desserte comme l’a été l’électrification. Cette mutation est essentielle pour l’innovation dans les services (flux symétriques, meilleure qualité, débits plus de 100 fois supérieurs). L’aménagement très haut débit des territoires doit-être anticipé par les pouvoirs publics pour éviter que les seuls les intérêts privés structurent la diffusion de ces infrastructures essentielles. En effet, les collectivités locales ne doivent pas subir le mitage à venir des projets d’opérateurs et de leurs conséquences pour l’économie locale. A minima elles doivent s’interroger sur les risques et opportunités. Laisser faire sans vision structurante c’est démissionner du rôle d’aménageur et de développeur économique.

4ème condition : Veiller à un internet ouvert favorable à l’emploi dans les services. Le très haut débit peut être une formidable opportunité génératrice d’emplois. La régulation doit garantir à tous les acteurs de l’internet l’accès aux réseaux dans des conditions techniques neutres et transparentes. Ce modèle ne signifie pas que les acteurs du service ne contribuent pas au financement des réseaux contrairement aux arguments souvent entendus. Le danger est l’émergence d’un oligopole dans le meilleur des cas pour 1/3 de la population et d’un monopole ou d’une absence d’offre ailleurs. De plus, l’intensification de l’intégration verticale par les opérateurs télécoms de la chaine de valeur depuis l’infrastructure jusqu’aux services et contenus est une source d’inquiétude. L’échec actuel des opérateurs mobiles virtuels et le retard du marché français des services sur mobile montrent combien il est dangereux de focaliser l’enjeu de l’économie numérique sur les seuls acteurs du réseau. Quel modèle veut-on pour notre pays ? Plus de 200 000 nouveaux emplois d’ici 5 ans pourraient être créé dans les services alors que les opérateurs télécoms suppriment chaque année environ 6 000 emplois. Le foisonnement de services se développera si émerge un réseau FTTH ouvert et d’une taille critique. Pour cela, il est important comme le prévoit le projet de LME de favoriser la mutualisation entre opérateurs. Mais aussi, il faut réaffirmer la légitimité des collectivités locales à agir. Ces interventions publiques jouent déjà un rôle clé en Amérique du Nord et dans d’autres pays de l’UE.

5ème condition : stimuler la création et le financement de nouveaux services numériques. Il convient de créer dans l’écosystème favorable au développement des services en réseaux, une facilité d'accès aux capitaux et fonds d’amorçages par l’aide fiscale. C’est un enjeu tout aussi important pour notre culture et économie que la production audiovisuelle.
Les acteurs majeurs de l’Internet – les Google, eBay, ou FaceBook - ne sont ni français ni européens, rien n’est inéluctable ! Il faut absolument contribuer à un modèle de réseau ouvert, de taille critique et créer un écosystème favorable à l’éclosion et au financement de jeunes pousses nationales …

Commentaires

c'est sur que en taxant les abonnements FAI,et en empechant les gens de telecharger,le devellopement est pas pour demain.
le numerique,et les gens qui payent sont ceux qui crackent,c'est comme cela.
si ya rien a pirater,sur leur google français,je ne vois pas pourquoi les gens iront.encore une débilité d'incohérence de politiques,deconnectés de la réalité!.....

Écrit par : seb | 30/06/2008

En quoi l' intervention de l' état ferait que le prochain google ou facebook serait français ? Que je sache, ces sites qui sont devenu des noeuds d' internet sont le fruit du travail de personnes independante de toute machine politique... ils ont juste été aidé par un état absent qui laisse les gens qui ont des idées les développer et leur met pas les bâtons dans les roues comme en France.

Écrit par : Clém | 30/06/2008

C'est vrai, mais un peu facile d'ignorer les projets de révision de la LCEN et la prochaine loi « Création et Internet » qui se complaisent au 19ème Siècle et qui vont anéantir toute volonté d'entreprendre.
C'est faire fi aussi de l'administration sclérosante, je vous recommande un article paru sur Agoravox dont le titre est « De l'impossibilité de créer Google en France »[1] de Benoît Galy.

J'aimerais bien, après sa lecture, que vous commentiez ou amendiez votre billet parce qu'il ne s'agit pas seulement de macro-économie.

[1] http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=22461

Écrit par : fb | 30/06/2008

Que l'état appuie un projet d'envergure "Google" c'est peut-être un peu tard. On a quinze ans dans la vue avec ce genre d'outil. D'autant que Google, bien qu'il n'ait pas trop de souci à se faire et reste le leader des moteurs de recherche grand public, est une interface de recherche qui pourrait être à même d'être dépassé au profit de moteur plus performants et qui existent déjà mais qui ne sont pas très connus. Si tel est le cas les chefs de projets devront bien cibler leur objectif pour éviter de réinventer l'eau tiède.

Écrit par : Blinks | 30/06/2008

avec les nouvelles taxes pour financer la télé publique,vous à l'ump,vous vous moquez du monde...c'est le monde à l'envers...revolution technologique plus taxe,allez y comprendre

Écrit par : mokolo | 30/06/2008

un google francais plus du flicage a tout va et on est bon pour du nombrilisme franchouillard. En quoi un moteur de recherche pure production francaise serait mieux que google? Pour nous pointer vers des sites 100% estampilles NF?

Écrit par : pirod | 30/06/2008

Pour que le prochain google soit français, il faudrait déjà que les banques fassent confiance aux jeunes (et peut être talentueux, mais 'forcément' on ne le sait pas à l'avance).
Et ça... c'est pas gagné.
Non, il n'est absolument pas possible que le prochain google soit français, un gouffre tellement immense sépare l'esprit entrepreneuriat américain des rats de laboratoires de ce côté de l'océan...
Enfin, si ! Il faudrait le faire 'à la française' : une loi, décrétant que le prochain google SERA français.
;)

Écrit par : Bill | 30/06/2008

Vraiment, vous êtes très drôle !!

Vous taxer les FAI, un des rare secteur qui progresse.

Vous jouer dans la cour de Microsoft en mettant dans les écoles des produits Microsoft alors que vous devriez plutôt promouvoir les logiciels libres qui sont l'avenir en France.

Vous faite la loi HADOPI après seulement 2 ans de la DADVSI, cela démontre votre incapacité à comprendre internet et ses enjeux.

Et surtout vous pensez encore qu'internet est un truc politique qui s'arrête a nos frontières. C'est tout le contraire, alors occupez vous plutôt du pouvoir d'achat et laissez donc les internautes, les FAI, les développeurs de logiciels libres faire leurs boulots et la France s'en portera bien mieux.

Internet n'a pas besoin de grand plan et de décisions politiques comme on l'a vu pour le cable (une calamité le plan cable), internet à juste besoin de LIBERTÉ car ce n'est pas l'état qui a fait Google, Dailymotion, Facebook, Free, ...

Écrit par : Yves | 01/07/2008

Depuis un an, les impôts ont eu consigne de traquer les possésseurs de sites internet. Ce qui conduit à simplement déplacer les cerveaux dans les autres pays ...

Écrit par : Linternet | 01/07/2008

Pour que le prochain Google soit éventuellement un jour français, il faudrait que les ingénieurs en informatique ne soient pas employés à 90% par des SSII, ces boites qui font un véritable gachi de compétences et d'innovation parce que leur modèle économique repose sur l'ammortissement maximale des compétences INITIALES de leurs employés sans jamais - jamais - investir le moindre centime dans leur formation continue aux nouvelles technologies, permanentes dans ce secteur.

Tant que l'essentiel des ingénieurs en informatique formés en France seront "consommés" de la sorte, les chances pour que certains d'entre eux inventent les prochaines technoloqies numériques majeures sont minces. Parallèlement, les chances pour que les meilleurs d'entre-eux partent à l'étranger travailler dans de meilleurs conditions de rémunération, de reconnaissance et de libération créatrice augmentent, elles.

Écrit par : philou | 01/07/2008

La France n'est pas comme les autres pays, si vous voulez ce genre de développement, allez voir ailleurs. Moi je prédis un recul de beaucoup de choses en France d'ici peu, et ça ne concernera pas que le pouvoir d'achat, mais tout ce qui devient à force de réflexion, inutile à consommer.

Écrit par : Adam | 01/07/2008

le prochain google francais ? oui, pourquoi pas, et avec des réponses toutes formatées par l'UMP, aussi, non?
Vous parlez de créer des emplois Francais, pendant que ce cher Mr luc Chatel refuse la transparence lors de la vente 'liée' de materiel et de logiciel comme normalement l'oblige la loi, et avantage de la sorte la société microsoft (http://www.zdnet.fr/actualites/informatique/0,39040745,39381757,00.htm) , ce qui fait déja des milliers d'emplois de développeurs francais perdus...
Ajoutons y la prochaine loi « Création et Internet » , alors sous tous ces gentils discours de volonté d'expansion, je ne vois en fait qu'une prise en main de tout le net , alors que par définition celui-ci était libre, à ses débuts !
D'autres gouvernements ont étés mauvais, mais la, l'UMP jour la carte du 'pire'...

Écrit par : rouyer paul | 01/07/2008

Controler les médias et plus particulièrement France Télévision ne sert plus à rien, car la France compte parmi le plus grand nombre de connectés au net en Europe, Dailymotion, Youtube, le journalisme citoyen, la diffusion libre d'information non filtrée par les canaux traditionnaux...voilà ce dont on a peur à l'UMP !

On a peur de la liberté de l'internaute qui peut s'informer par lui même, qui peut rejoindre des groupes virtuels sans créer d'association....etc

Les élections de 2012 se joueront beaucoup sur Internet, en ce moment même des milliers de personne compilent, archivent des images, des vidéos qui inonderons le web 2 à la veille de 2012....à l'heure du Bilan, du jugement de l'action de l'UMP par nos concitoyens.


Mr Solère la bataille sera rude, très rude


Un militant du Parti Multiculturel

http://www.parti-multiculturel-francais.fr

Écrit par : Ahmad | 03/07/2008

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